Posture entrepreneuriale des universités camerounaises face à la révolution de l’apprentissage connectif

Africa Designs Innovation

 

Par Krystel T. Nopoudem

Les défis contemporains amènent les hommes et les femmes à penser le monde différemment, à imaginer en permanence de nouveaux systèmes, à projeter un idéal pour la société.

Le monde universitaire, pourvoyeur de mécanismes de connaissance et d’apprentissage est un socle de construction scientifique et sociale, cela par le biais de la recherche permanente de solutions aux questions de société, mais aussi le développement des sciences fondamentales et appliquées. La recherche[1]-développement[2] est énoncée au sein du concert des nations unies comme un enjeu de développement durable pour l’horizon 2030 (Nations Unies, 2015), ambition dont l’atteinte servira de levier aux autres piliers d’évolution de l’humanité, de croissance inclusive, et de développement durable.

En recommandant le relèvement de l’objectif de financement de la R&D par les pays à au moins 2% du PIB national, les innovations cognitives et applicatives deviennent des champs essentiels de la société moderne. L’université, acteur principal de la recherche-développement, devient par ce fait un compétiteur, mieux un entrepreneur de la connaissance, dont la posture doit s’habiller entièrement des caractéristiques du jeu concurrentiel.

L’université doit faire une offre de valeur qui rencontre les besoins contemporains des apprenants (mais aussi des enseignants). Elle doit créer de la valeur par ses fonctions et ses processus en perpétuel renouvellement, elle doit piloter sa propre performance en anticipant sur celles des autres, au regard de la dynamique d’innovation des offres de formation universelle.

 

Du point de vue des structures, il semble évident que les universités camerounaises, autant que plusieurs autres africaines et mondiales, connaissent de plus en plus de contraintes infrastructurelles en terme de capacités d’accueil des apprenants. La formation distante virtuelle, alliant les cours de philosophie fondamentale (MOOC) et ceux des sciences d’application (Technologie 3D), devient plus qu’une opportunité, un véritable impératif. Les dispositifs à mettre en place relèvent d’une ingénierie organisationnelle à trois dimensions :

1) informatique pour la conception des modèles, des plateformes virtuelles et la transmission en ligne ;

2) informationnelle pour la gestion et l’analyse des bases d’information importantes induites par ces nouvelles approches en provenance tant de cible que des autres acteurs ;

3) et de l’espace fonctionnel permettant d’organiser la mise en place de cette approche (Figure 1) et induisant une évolution des espaces sous forme de laboratoires d’expérimentation distants.  

 

 La mutation du métier d’enseignant

 

Les dimensions sociales et collaboratives de la technique pédagogique impactées par ces nouveaux environnements facilitent et provoquent des interactions et une pluralité technologique favorable à la créative et à l’innovation (Dillenbourg, Schneider & Synteta, 2002)[3]. Ces auteurs identifient trois conséquences des univers virtuels : l’interdépendance positive, la construction des sens et l’établissement de relations psychosociales.

Ce qui, dans un monde en quête d’inclusion, apparait comme un facteur favorable à l’évolution. De ce fait, l’opportunité est donnée à l’enseignant, non plus de transmettre ce qu’il aura laconiquement appris, mais à devenir un apprenant au côté de ses assujettis dont le questionnement lui permet de questionner lui-même sa science.

L’enseignant devient encadreur et facilitateur, et se frottant lui-même à la science des technologies numériques et aux défis de la 4e révolution industrielle, celle de l’information. Il devient alors : concepteur ; designer ; voire informaticien, mais surtout catalyseur d’innovation.  

 

Communication digitale et marketing stratégique

 

La communication reste la pierre angulaire de la stratégie d’innovation d’une organisation. Ce qui est créé est invention, jusqu’à ce que le marché l’adopte et le valorise. La stratégie de communication sur les réseaux sociaux est un canal privilégié non seulement pour atteindre la cible, mais encore pour l’enrôler et lui livrer les services offerts. Economie de coûts de transaction substantiels.    

 

Centres universitaires d’information et d’intelligence

 

Le monde de la recherche, les entreprises et les institutions privées et publiques (Fokam, 2017)[4] chargés de définir les plans stratégiques sectoriels, doivent être associés au challenge de la science de l’information en Afrique et au Cameroun. Cela implique la mise en œuvre d’une stratégique nationale, en partant du principe que la stratégie d’intelligence économique d’un pays se pense au niveau le plus élevé et est mise en œuvre de façon cohérente par les institutions au regard de leurs besoins spécifiques.

Dans ce cadre, les universités peuvent servir de réceptacles pour les data centers dédiés nationaux.

 

En définitive, la valeur ajoutée de l’apprentissage appuyé sur les nouvelles technologies se fonde à deux niveaux :- au niveau philosophique, par la création de communautés connectives au sein desquelles l’expérimentation remplace l’accumulation des savoirs ; – et au niveau pratique, dans la résolution des contraintes spatiales des universités pour l’accueil d’un maximum d’apprenants sans augmentation des infrastructures.

Les défis fonctionnels à relever sont, au niveau stratégique, ceux de l’aptitude offensive des managers, la mutation du profil de l’enseignant ; et au plan opérationnel la mise en œuvre d’une stratégie de communication rénovée et d’un système d’intelligence informationnel performant.

 

[1]Ensemble des activités entreprises de façon systématique en vue d’accroitre la somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette connaissance pour de nouvelles applications.

 

[2]Parfois confondues avec la recherche technologique, qui consiste en l’application de ces connaissances pour la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs.

 

[3] Dillenbourg, P., Schneider, D., & Synteta, P. (2002). “Virtual learning environments”. In A. Dimitracopoulou (Ed.), Proceedings of the 3rd Hellenic Conference on Information, and Communication Technologies in Education (pp. 3-18). Rhodes: Kastaniotis.

 

[4] Fokam P, 2017, Intelligence économique, Afrédit.

 

Par Krystel Nopoudem

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